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vendredi 16 octobre 2020

Poisse, guigne et autre scoumoune

Qu'est ce que vous dites, vous, quand vous voyez ces brassées de saris?

Olala!

Trop beau!

Magnifique!

J'adore!

Je les veux tous!

Autre chose?

Bon.

Ben faut pas!

Pas plus que lorsque vous demandez à la jeune vendeuse combien ses dernières clientes lui en ont acheté, et qu'elle répond, en baissant les yeux, une dizaine

vous ne vous écriez pas

olala!

Pas mal!

Belle vente!

Bravo!

Faut pas!!

Quand je réagis comme ça, Johnson, mon interprète, me fait les gros yeux

même des coups de coude, il me donne

ou de pied, s'il y a une table pour cacher

et des remarques genre "Maintenant, fais ta photo et tais-toi" qu'il me dit!

Pfff

Faut pas!!!

Non mais ça va pas la tête, pourquoi vous ne diriez pas, tant que vous y êtes, à une maman que son bébé est mignon, ou que sa cuisine est bonne, ou que son sari est joli???

Vous voulez attirer sur elle la poisse, la guigne ou autre scoumoune!!!

ça va, ça va, j'ai compris

Pffff

Olala, j'espère que je n'en n'ai pas trop dit, dans "Instantanés du monde, à Kanadukathan"!

Photographie © Anne Bonneau

 

jeudi 15 octobre 2020

Démêler les ficelles


 Elles étaient une dizaine 

tissant des saris de coton

regroupées sous l'égide d'une fondation

qui leur permet une meilleure rémunération de leur travail

voilà, ça, c'est la présentation officielle.

Mais

au coeur de notre rencontre improvisée

la réunion a tourné au vinaigre.

Aussi douces étaient les couleurs en camaïeux de leurs saris

aussi acides leur propos à l'encontre de leur employeur

en gros

il était question de comptes

filant à vau-l'eau

la responsable piquait du nez

je n'aurais pas dû être là

avec un interprète

à leur prendre leur temps

à les regarder laver leur linge sale...

Filons!

Avant qu'elles ne s'étripent!

Filons voir celles qui tissent

Dans "Instantanés du monde, à Kanadukathan"

Photographie © Anne Bonneau

mercredi 14 octobre 2020

Le fil des jours

C'est pas compliqué à trouver, ce quartier

suffit d'écouter

édétchic, édétchac, édétchic, édétchac

ça fait comme ça

pas très loin du marché de Karaikkudi.

Un quartier où les maisons ont des vérandas sur toute la largeur

qui descendent bas sur la rue

des vérandas toutes meublées, d'un métier à tisser

les fils de coton fragiles, tendus au travers de la porte d'entrée

et les femmes qui s'y installent, entre cuisine et lessive

un œil sur les enfants

l'autre sur la voisine

qui tisse aussi

des saris de coton

Garantes de cette tradition

édétchic, édétchac, édétchic, édétchac

écoutez, dans "Instantanés du monde à Kanadukathan"

Photographie © Anne Bonneau
 

mardi 13 octobre 2020

Des airs de Bhapu

Il n'y a pas beaucoup de bruits, dans cet atelier de tisserands de Kanadukathan

pas vraiment de la production intensive...

Le claquement des métiers

parfois, un corbeau, dehors

le ronronnement des bobines que l'on emplit de fils colorés

un coq, dans le jardin broussailleux 

les 8462 fils de chaîne que l'on compte un à un à la main s'affichent silencieusement sur les lèvres d'un artisan

bon, évidemment quand le portable sonne

et que ce tisserand aux faux airs de Baphu recolorisé décroche

en le sortant de la ceinture de son longui

on se dit qu'on est bien en Inde

et que c'est ça, qu'on aime, là-bas

ce catapultage des époques

le rouet, le portable, l'araire et l'éolienne

ça pourrait être le titre d'une fable, non?

"Instantanés du monde à Kanadukathan" à écouter ici!

Photographie © Anne Bonneau 

lundi 12 octobre 2020

Coton VS Polyester

Ils vous parlent du sari de coton du Chettinad avec des étoiles dans les yeux

ils en fabriquent tous les jours

les tisserands de Kanadukathan

des étoffes magnifiques de simplicité et d'harmonie colorée

de l'anti bling-bling en diable

ça change...

Mais

Jodhi Mani, que vous voyez là à l'ouvrage, tout comme sa patronne Krishnaveni, elles, portent des saris synthétiques.

Quand je m'en étonne, Krishnaveni veut aller se changer illico!

Et Jodhi Mani hausse les épaules

quand elle veut, elle en porte, des saris de Chettinad, non mais !

Mais là, pour travailler, le sari polyester, c'est tout de même plus confortable

confortable ou convenable?

Le patron avoue que les Chettiars – entendez, les riches du village- se moqueraient d'eux, s'ils portaient des saris Chettinadu...

Tout sur l'art et la manière de porter un simple sari de coton, dans "Instantanés du monde à Kanadukathan"

Photographie © Anne Bonneau

 

vendredi 5 juin 2020

Le nerf de la guerre



On avait bien déjà fait une photo de groupe

Mais ce monsieur voulait être pris tout seul
avec sa moto
et ses dhabbas dans la caisse
et l'air martial qui sied à celui qui connait son rôle, sa place, son importance
que dis-je son importance
l'essentiel de sa tâche
livreur de repas
sans lui, le village s'écroulerait sans doute
sans blague!
écoutez ça: qu'un singe vienne à batifoler sur les toits des palais Chettiars tout autour
et toc, il vous déplace une tuile
un orage passe par là
une mousson
même une mauvaise mousson
le palais part à vau-l'eau
ce monsieur martial, il livre des repas à des personnes âgées
vivant dans ces palais
gardant un oeil sur le toit
voire, aux flaques, s'ils ne peuvent plus lever la tête
et toc, palais sauvé
village préservé.
Ce monsieur, et l'armée de cuisiniers qui travaillent chaque jour au village de Nachandupatti, sont rémunérés grâce à une association caritative
qui ne reste pas à se gratter les orteils assis sur le tinnai
Une belle idée, à écouter, dans "Instantanésdu monde à Nachandupatti"
Mais, quand même, je me demande si la dame en bleu derrière
n’est pas en train de se moquer un peu de lui, 
ce monsieur.
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 4 juin 2020

Tapis de poussière


Si ce n'était ce linge qui sèche entre les piliers, on pourrait la croire abandonnée
ou du moins, désertée
cette maison Chettiar
si ce n'était une maison Chettiar, on pourrait la croire abandonnée
ou désertée
ne vous fiez pas aux apparences
Ces palais du Chettinad, dans le sud de l'Inde savent aussi, parfois, retentir de cris d'enfants ou du tintement des bracelets de chevilles
pour les mariages
les pujahs
les visites de curieux, comme moi
Mes pieds nus, ceux de Selvam, Kamala, Johnson, Bernard et Michel, ont dessiné de jolies empreintes sur les tapis de poussières de cette belle endormie
Photographie © Anne Bonneau


mercredi 3 juin 2020

Dos au mur



40°C dehors
et là, sur le sol
la fraîcheur de la maçonnerie
de la pierre
des carreaux de ciment ou du marbre
c'est une des vertus des palais Chettiars
sans compter la brise délicieuse qui parcourt la maison
et qu'il ne faut en aucun cas perturber.
Placer un objet sur le chemin de l'air, 
vous n'y pensez pas!
Comme partout en Inde, on retire ses savates avant d'entrer
40°C dehors
et sous les pieds la fraîcheur 
des envies de se poser là
dos au mur
avec ces femmes
qui n'ont pas même besoin d'éventail
40°C dehors

Photographie © Anne Bonneau

mardi 2 juin 2020

Pour une pincée de curcuma...

Elles n'ont lieu que tous les deux ans
les enchères du village de Nachandupatti
pas pour faire des affaires
non
juste pour s'étourdir
de la ferveur qui les entoure.
Des objets de pacotille
qui s'achètent une fortune
pour une association caritative
là, une poignée de curcuma
s'envole sous les vivats
pour 500 €
Oui mais
le curcuma est de bon augure!
que vous en soyez l'heureux acquéreur,
et vous êtes sûr de marier
votre fils
votre fille
dans l'année
et ça, ça n'a pas de prix
euh, si, celui de la dot...
Photographie © Anne Bonneau

lundi 1 juin 2020

Tu finis pas ton assiette!

Il y a un truc, m'a expliqué Selvam
pour ne pas sortir d'un banquet Chettiar comme une outre
Surtout
Surtout
si vous aimez un des nombreux mets végétariens qui vous sont servis
ne le finissez pas illico
avant d'en attaquer un autre
Sinon
on viendra vous resservir
au centuple
sous les bons auspices de Gajalakshmi, la déesse de la prospérité et de l'abondance.
Durant ces trois jours de fête
9000 repas sont servis dans cette salle brûlante du village
Le banquet du clan
en vérité en vérité
On mange fissa
les gens debout derrière vous attendent leur tour
Alors
Alors, ok, je ne finis pas ma feuille de banane
et je laisse ma place, mon verre de payassam à la main.
Photographie © Anne Bonneau

vendredi 24 août 2018

Crépuscule des princes


Ils sont encore là
ces palais dont j'avais entendu parler il y a plus de vingt ans
et que j'avais toujours souhaité voir
mais bon
la route est longue
vingt ans après
ils sont encore là
pas tous, bien sûr
des 80 villages où ils faisaient resplendir leurs façades fastueuses
il ne reste "plus que " 73
avec des dizaines
voire des centaines
de palais
et quelques ruines
entre les beaux reliefs
de quoi frémir
de quoi rêver
Bernard Dragon et Michel Adment, eux, agissent, avec leur ONG Arche-S
Photographie © Anne Bonneau

jeudi 23 août 2018

Un chœur, des cœurs


Ceci est une chorale
si si
et le chef de chœur est là, à gauche, tout sourire
je pense qu'il est en train de dire:
"One two three"
et tous de reprendre
"Vel vel vel vel vel Mourouga vel"
Un titre de Susheela Raman
que Johnson aimait bien
et qu'il nous a tous fait aimer
à Sarathavilas
Photographie © Anne Bonneau

mercredi 22 août 2018

Grand ménage vespéral


Il était cinq heures, l'après-midi
la journée avait débuté douze heures auparavant
dans les chants des oiseaux
et crescendo
quelques entretiens
la découverte d'un village
d'une maison
des entretiens en rafales
une fête aux milliers d'invités
les 40°C de l'été du Tamil Nadu
des prises de sons
des entretiens en cascade
et au retour
des traductions qui n'en finissent plus
et puis soudain
l'orage
La pluie a duré longtemps
fort
plus moyen de s'entendre
Il fallait juste, alors
la regarder tomber
voir s'emplir les vases qui la recueillent
déborder 
ruisseler 
dans la cour intérieure
faisant taire les oiseaux
Photographie © Anne Bonneau

mardi 21 août 2018

Trois jeunes gens dans les champs


Qu'est ce qui attire les jeunes gens au fin fond de l'Inde en 2018?
Ni la Route, ni la liberté, ni les expériences voluptueuses de tous crins
mais ça
ces palais de campagne.
Ils sont jeunes.
Ils sont architectes
ou aspirent à le devenir
et se sont catapultés loin des villes qui les nourrit habituellement
pour se tordre le cou devant des façades monumentales
s'emmêler les cheveux dans les toiles d'araignée habillant les corridors
prendre des photos de colonnes
de pilastres
de balustrades
de corniches
et de plein d'autres choses dont on sait même pas ce que leur nom désignent
Silvia et son sérieux 
Sivang et sa nonchalance 
Vijay et sa gravité
tous vous parlent de ces palais avec tant de chaleur
et de fraîcheur
mordus
absorbés
marqués
à vie
Photographie © Anne Bonneau

lundi 20 août 2018

Sept ans d’admiration


Cela fait sept moussons que Michel et Bernard se sont installés dans le Chettinad
Parcourant les villages
s'émerveillant
et s'émerveillant encore devant cette architecture palatiale incongrue
ne cessant de s'émerveiller
Il faut voir, leurs yeux briller, quand ils entrent chez Selvam
découvrant les peintures murales d'une beauté préservée
ça fait long sept moussons
ça fait beaucoup d'humidité
de degrés centigrades
de trucs qui coincent
d'administration 
d’énergie à déployer
pour mener à bien leur mission de sauvegarde du patrimoine
et pourtant
perdez-les dans un village qu'ils n'ont pas encore exploré
et ils s'émerveillent comme des enfants
sept ans
écoutez leur aventure
leur projet dans le Chettinad 
Photographie©Anne Bonneau