jeudi 30 novembre 2017

La femme qui n'avait pas de rue

Bien-sûr qu'elle a une rue
Olfa Youssef
Bon
faut déjà la trouver
mais quand on y est 
pas difficile de repérer sa maison
c'est celle devant laquelle
veillent nuit et jour
des policiers.
Privée de rue
pour cause de danger
privée d'extérieur
pour cause de menace de mots
de menace de mort
privée de liberté ?
Pas de celle de parler!
Olfa est visée car elle parle de la rue
entre autre
de la femme dans la rue
de la femme dans le monde
de la place de la femme
dans les livres
et aussi
et surtout
dans le Coran.
ça déplaît fort.
Elle a des mots passionnants à partager
sur la femme
son voile
sa rue
sa liberté.
écoutez-là, dans "Instantanés du monde, dans les rues de Tunis" (cliquez ici pour entendre le rire et les mots d'Olfa)
Photographie © Anne Bonneau     

mercredi 29 novembre 2017

Des mots pour pavés

On la connait parce qu'elle écrit
Shams Radhouani Abdi
mais quand elle parle
ses mots sont des oiseaux
ou des pavés qui volent
dans les manifs
c'est selon
selon
son inspiration.
Mais alors pour une fois
ne vous fiez pas
pas uniquement
à sa voix mélodieuse
son français chantonné
telle une petite fille
qu'elle est loin d'être.
Même si elle avoue
j'ai peur
ça n'a rien d'un lamento
juste
qu'elle n'a pas
la langue de bois.
Même si ses mots chantent
et sourient
elle n'a rien mais rien
d'une ingénue
ou d'une ravissante idiote.
Derrière son engagement lucide
il y a des heures de réflexion
de débats 
de lectures
et des kilos de courage.
Ecoutez Shams
parler de slam
de rue
de droits
de provocation
dans "Instantanés du monde, dans les rues de Tunis" (cliquez ici pour l'entendre) 
Photographie © Anne Bonneau

mardi 28 novembre 2017

Le corps d'Amira

C'est pour me parler de son corps
que j'ai rencontré Amira Chebli
son corps
et celui des autres
femmes.
Il faisait un froid de gueux
elle était empaquetée comme moi
et dans la rue
derrière elle
des femmes passaient
voûtées sous les voiles
et les paletots.
Qu'un de mes papiers s'envole au vent glacial
et Amira saute d'un bond le parapet
pour aller le récupérer
tel un feu follet.
Amira Chebli est comme ça
vive comme la bourrasque
et réfléchie comme la lumière sur les murs blancs nous entourant.
Si je vous la fait rencontrer
c'est qu'elle a tout un monde à raconter
à propos du corps des femmes
dans la rue.
Tout comme la metteur en scène
Leila Toubel
qui observe nos gestes
nos postures
en fonction
de notre environnement.
Ecoutez ces belles donzelles
parler d'elles
et de nous
dans "Instantanés du monde dans les rues de Tunis" (cliquez ici pour les entendre)
Photographie © Anne Bonneau