mercredi 4 février 2015

Crachats, glaires et autres glaviots


Nan, j'ai pas goûté
Rien que de sentir la fumée qui s'envolait du shuruttu de Monsieur Sharfudeen
de la couleur d'un pot d'échappement d'un camion indien
J'en suffoquais
lui aussi d'ailleurs
crachant des trucs, entre deux phrases, dans les interviews.
Pourtant les ouvrières m'ont assuré que tout le monde fumait ici
les femmes aussi
en cachette
dans les toilettes
et c'est vrai, dans la campagne environnante j'en ai vu plein
des villageois qui s'emballent le visage dans ces fumées âcres et brunes
Disparaissant subito dans les volutes
comment chantait-il déjà? " Les shuruttu cigarillos ont cet avantage de faire le vide autour de soi..."
A écouter, sans modération, dans "Instantanés du monde à Trichy" (cliquez ici pour entendre l'émission)

mardi 3 février 2015

A la poursuite du shuruttu perdu


On a cherché partout
derrière le marché
dans le quartier musulman
derrière
entendez, dans le bidonville qui se faufile en biais dans les interstices de Trichy
sautant les caniveaux
se perdant mille fois
Johnson-mon interprète- et moi
s'accrochant des brochettes d'enfants aux guiboles
avant d'arriver chez des gens
qui n'en faisaient plus
des shuruttu
Fini
Il faisait quarante degrés
On est rentré un peu las
Raja a persévéré
demandé cent fois
à des passants
se demandant sans doute pourquoi
je ne faisais pas comme tous les touristes, voir le temple, boire un coup, basta
quand j'ai claqué dans mes mains en trouvant Monsieur Kanapan roulant ses shuruttu, il s'est dit qu'on allait faire une drôle de ballade, tous les trois
Premier épisode de cette quête des traditions perdues
dans "Instantanés du monde à Trichy" (cliquez ici pour entendre l'émission)

lundi 2 février 2015

La fin de la tripe


"Il n'y en a plus, c'est fini
Plus personne ne sait faire ça
Ah, autrefois, oui, moi j'en ai vu des centaines d'ouvriers du cigare, mais là, c'est trop tard...
Il n'y en a plus, c'est fini"
Presque
en fait, il en reste au moins deux
ouvriers
je les ai vus
Là, à Trichy
dans leur fabrique
qui n'est en fait, que le palier de la maison de Monsieur Vasu, aménagé en atelier
deux ouvriers, un ventilo, une presse, des lambeaux de peau brune qui embaument
La tripe, enroulée dans un goni
La cape tenue entre les orteils
un peu de fumée
douce
J'aurais pu publier cette image en sépia
Cela aurait donné l'esprit 
Pourquoi on n'en fait plus, des cigares à Trichy?
Ecoutez, ils le vous le diront, dans "Instantanés du monde à Trichy"... (cliquez ici pour entendre l'émission)