mardi 7 février 2017

Cela s'appelle l'aurore...

Pendant des années je l'ai regardée de loin
l'observant se construire
semblant s'arrêter en plein vol
prenant le temps de se cacher
dans les arbres qui peu à peu l'enfouissaient
mais ne parvenaient pas
à dissimuler aux regards
la sphère qui peu à peu se couvrait de facettes d'or.
Pendant des années elle m'a snobée en fait
énervée aussi.
ça m'énerve quand je comprends pas
ça m'énerve quand je ne parviens pas à avoir accès
à la connaissance
ça m'énerve aussi
quand on m'ordonne
de poser mes savates
bien parallèles
rangées
en ligne.
C'était tout ça pour moi
Auroville.
Comme pour tout le monde.
Une visite très encadrée
(où il faut ranger ses savates l'une à côté de l'autre proprement sans dépasser.... argh!)
très policée
très restreinte.
Normal.
D'où le titre de ce post emprunté à Giraudoux
post qui devient un peu long je vous l'accorde
mais
vous ne regretterez pas d'arriver à la fin
car enfin
parfois il faut
juste
du temps
pour
accéder
à ceux qui vous ouvrent les portes.
Qui attendent aussi peut-être
que vous soyez prêts à entendre.
Claude Arpi vous raconte sa route vers Auroville, la cité de l'aurore
et c'est limpide comme une vie.
Ecoutez, c'est là...



...Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l'air pourtant se respire, et qu'on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s'entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?
Cela a un très beau nom. Cela s'appelle l'aurore.


lundi 6 février 2017

Retour en enfance

Nous avons travaillé ensemble
Kalsang et moi
à Dharamsala.
Kalsang parle super bien français
et tibétain
et hindi
et anglais
et encore deux-trois langues que j'ai oubliées
vu qu'on en n'avait pas franchement besoin
là
à Dharamsala...
- Quoique, ce n'est pas l'Allemand, le Coréen, le Japonais, l'Espagnol, l'Italien qui manquent ici, mais enfin, ça c'est une autre histoire-
pour l'heure
Kalsang me traduisait
le tibétain que je n'entends pas.
Et aussi
mangeait des momos
avec moi
buvait du thé
avec moi
rigolait bien
avec moi
fumait de temps en temps
sans moi.
Et mettait sa robe traditionnelle
pour les rendez-vous officiels.
Car enfin
elle est d'ici
même si elle vit à Delhi.
J'ai aimé travailler avec Kalsang
un pied ici
l'autre là-bas.
On est allé dans son école d'enfance
à TCV
et son sourire
s'est changé contre des larmes.
Un long voyage
un pied ici
un pied
là-bas.
Photographie©Anne Bonneau

vendredi 3 février 2017

Des claps et des cris

D'abord il y a un gong.
Bon, en fait, dès cinq heures du matin on entend des gongs 
qui retentissent à Mac Leod
Enfin, je dis cinq heures du matin parce qu'une nonne m'a dit qu'elles se réveillaient à cinq heures du matin, parce que pour moi
cinq heures 
c'est encore le plus profond de la nuit. 
Durant ces journées passées là-bas
j'ai appris à ne pas me réveiller au son des gongs des nombreux couvents et monastères de la bourgade...
Mais je m'égare...
Donc, il y a un gong
Et la tranquillité du temple/monastère/couvent part à vau-l'eau.
C'est l'heure des débats de dialectique
sur des textes de la religion que ni vous ni moi
enfin vous peut-être mais moi sûrement pas
ne comprenons...
Et pas seulement parce que c'est en tibétain
Bon.
Il y a des gestes fabuleux qui rythment ces échanges critiques affûtant l'esprit
des claquements de mains
des déhanchés
des lassos de chapelet
des moulinets de bras
des cris
A entendre dans "Instantanés du monde à Mac Leod Ganj"
A comprendre
si l'on trouve le temps d'aller écouter les grands lamas de l'Institut de Dialectique Bouddhiste
Pour ça, faudrait se lever un peu plus tôt...
Au son du gong, peut-être...
Photographie©Anne Bonneau