lundi 3 novembre 2014

Deux sœurs en leur jardin

Si Tahia et Siki sont dos au mur
en tout cas
à la falaise
grimpant presto vers l'azur
c'est bien en ce moment
de fête des morts
et autres virées sur les tombes.
Car alors
elles s'activent
à fournir des couronnes
pour honorer les âmes défuntes.
Une incursion dans le jardin
où elles s'alpaguent
pour me faire goûter
qui le fenouil
qui la menthe
qui le basilic
qui l’aneth
et se lancer des questions pièges
"comment on dit ça en français?"
Et après
zou
à l'ouvrage.
Les morts n'attendent pas.
Ecoutez-les, dans "Instantanés du monde à Atuona" (cliquez ici pour vous retrouver illico aux 
îles Marquises!)
Photographie©Anne Bonneau

dimanche 2 novembre 2014

Leur pain quotidien


Comment ça bête comme chou?
Non non non
un truc aussi important
que notre pain quotidien
vu que
c'est le leur
de pain quotidien
le taro
aux habitants des Australes
ne peut être
bête.
En vérité en vérité
mille histoires naissent
dans les eaux des tarodières
des légendes bien-sûr
des histoires de sirènes
des grandes épopées aussi
dans ces espaces communautaires
où la gestion de l'eau
nourrit la terre
et les hommes.
Certains diront que c'est une culture de paresseux
(si si je l'ai entendu!!!! Non non, je ne citerai pas de noms!!!)
car il faut attendre
que ça pousse
un an
sans rien faire.
Sans rien faire, pas vraiment.
On ne vit pas que de ça
aux Australes
mais on continue
tout de même
à planter
ce qui nous nourrit.
Le corps
et l’imaginaire.
Ecoutez, c'est dans "Instantanés du monde, dans les tarodières des Australes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau

samedi 1 novembre 2014

Qu'est-ce que je fais là?

C'est un peu la question
que semble me poser
du regard
ce jeune homme
de la tarodière.
C'est la question
que m'a posée
qu'a crié Lutesse
tellement je lui ai fait peur
au milieu de la nuit
enfin à la fin de la nuit
mais quand même
on n'y voyait tellement pas goutte
que j'étais obligée de marcher en tenant mon vélo à la main
pour ne pas me prendre
tous les trous
de la route traversière.
Donc
voir arriver
une femme blanche
sur le chemin
alors qu'elle attendait
tranquille
la voiture-pain
ça lui a fait un choc
à Lutesse.
Elle a crié
"Qu'est-ce que tu fais là?!!!"
"Ben, je cherche la tarodière..."
(que je n'avais pas repérée la vieille, grossière erreur en ces contrées d'obscurité sans lampadaires ni bitume)
Comme elle a vu que je n'étais pas un fantôme
mais juste une Anne Bonneau
"Ah bon, c'est toi Anne Bonneau!"
elle m'a guidée
jusqu'à la tarodière.
Une chance
on me connait là-bas
on écoute l'émission
sur les transistors
dans les tarodières.
Ecoutez la tarodière
que vous soyez à la tarodière
ou pas
dans "Instantanés du monde, dans les tarodières des Australes" (cliquez ici pour entendre l'émission)
Photographie©Anne Bonneau