jeudi 4 février 2016

Qualité main

Elles frottent
aux petites heures du matin
au Trou d’eau douce
et ensuite
des mètres de tissus colorés
enrubannent les rochers alentours.
Des mètres de sari
ponctués des virgules des corsages assortis.
Pratima fait ça aussi
chez elle
dans les hauts
de Moka.
Des guirlandes de petits cholis
rebondissent en couleurs
sur les mètres de rubans et de galons
qui orneront les jupons
portés sous les saris.
Du soir au matin
et la nuit aussi
Pratima coud
pince
agrafe
ajuste
ces petites merveilles de bonneterie
sur mesure.
Ses jours n’en finissent plus
ses nuits sont longues
Pratima sourit
de voir enfin
comme son ouvrage
colle bien
contre le cœur
de celles
qui les portent.
Ecoutez son enthousiasme
et son amour du partage
dans « Instantanés du monde à Moka » (cliquez ici pour entendre l’émotion)
Photographie©Anne Bonneau

mercredi 3 février 2016

La foi chevillée au corps


C’est jour de fête à Mahébourg.
On célèbre un cavadee.
Un jeûne de dix jours suivi d’une procession qui peuvent paraître cruels aux yeux des non avertis ou des athées cartésiens.
Le front de mer est rose de monde. Rose tyrien, les saris, les longhis, les baillons que les jeunes filles arborent. Tous vibrant de piété dans un soleil insensible au fil des heures.
Insensibles aussi paraît-il les pèlerins choisis par leur communauté dans chaque village : le corps bardé de vels, ces aiguilles d’argent auxquelles sont accrochés des citrons : signe de leur piété, de leur renoncement, de leur spiritualité ; Stoïques ils restent, muets ou presque, la douleur oubliée sous le regard des autres ; les cris des leurs couvrant leurs plaintes lorsque le prêtre perfore mille fois leur peau. Les larmes retenues lorsque le soleil brûle les lames d’argent, le jus des citrons se répandant sur leur corps perforé. L’encens fume, les prières et les chants s’élèvent.
Shenaz Patel est là, à deux pas des préparatifs de Cavadee comme elle en a tant vu dans sa vie de Mauricienne.
Vivez un cavadee aux côté de l'écrivaine Mauricenne, dans "Instantanés du monde, à Mahébourg", à écouter à 13H30 sur la1ère.fr
Photographie©Anne Bonneau

Pas de ça fillette

Il faut le savoir
il y a des fringues
traditionnelles
qui se démodent.
J’en vois qui rigolent.
Je ne parle pas du sarrau
du sabot
de la coiffe
et autre ruban
évidemment
c’est le genre de trucs
qui ne sont plus guère légion
chez nous.        
A propos de légion
y’a bien que les armées
qui ont gardé
les rubans
et la plume
ou presque
mais bon.
Non je vous parle de ces pays
où l’on porte
la même chose
que nos arrières arrières arrières et voir plus arrières encore
grand-mamans.
Le sari.
Un bout de tissu
à draper comme il vous plait
un truc facile
jamais démodé.
Que nenni !
Le sari
lui aussi
se démode.
A vrai dire
c’est même très mal vu
de les porter
deux fois de suite
dans certains milieux.
Alors quoi, poubelle ?
Non
recyclage
en jupe et salwar
pour fillettes.
Ecoutez les usages du sari
histoire de n’être pas complètement has been
à votre prochaine soirée Bollywood
Dans « Instantanés du monde à Moka » (cliquez ici pour entendrel’émission)
Photographie©Anne Bonneau